Le 9 octobre 1915, le World de New-York, d'après une dépêche qui lui était adressée de Paris, signalait en ces termes, la présence des aviateurs américains sur le front français :
« Sept aviateurs volontaires américains ont pris part à des reconnaissances aériennes dans la bataille de Champagne. Ce sont le lieutenant William K. Thaw (de Pittsburg), le sergent Elliot C. Cowdin (de New-York), le sergent Norman Prince (de Boston), D. G. Masson (de San Francisco), Bert Hall (de Bowling Green), James J. Bach (de New-York) et H. G. Gerin.
« Cinq autres aviateurs américains font des patrouilles et des reconnaissances dans d'autres secteurs du front français et onze s'entraînent dans une école d'aviation. Ces vingt-trois hommes forment le corps d'aviation franco-américain, qui a ouvert un bureau et un club, rue de Ponthieu à Paris. »
Vers le 15 novembre, le corps d'aviation franco-américain fit paraître une circulaire qui expliquait son objet : aider la France et entraîner les Américains dans l'aviation militaire pour un service possible dans l'armée américaine si l'occasion se présentait.
« Quel était l'esprit qui animait ces jeunes citoyens américains, qui les poussait à traverser l'Océan et à s'engager comme aviateurs dans l'armée française ? (dit la circulaire). Comme l'un d'eux l'a déclaré. --- Nous désirions payer de retour les services chevaleresques que La Fayette et' Rochambeau nous avaient rendus. Nous voulions appartenir à cette belle et sportive institution le corps d'aviation français ; nous sentions que les Américains devaient aider une République mêlée à un conflit dans lequel la liberté de toutes les nations étaient en jeu. »
L'escadrille américaine faillit avoir de sérieuses embûches pour contrecarrer son développement. Le 19 janvier 1916, quatre aviateurs américains, le sous-lieutenant Thaw, les deux frères Prince et le maréchal des logis Cowdin ---tous décorés de la croix de guerre---débarquèrent du Rochambeau pour rejoindre leur poste sur le front français après une « permission » passée dans leurs familles en Amérique. Leur départ de New-York ne fut pas facile. Le grand chef de la propagande allemande aux Etats.-Unis, directeur du journal Fatherland, crut devoir intervenir pour les faire interner. Appelés à faire une déclaration écrite sur l'objet de leur voyage, ces vaillants Américains n'hésitèrent pas à écrire qu'ils partaient « pour protester contre la politique de faiblesse de leur pays au nom de la jeunesse d'Amérique ».
En vérité, c'est à MM. Frazier Curtis et Norman Prince que revient l'idée d'organiser une escadrille américaine. Ils groupèrent autour d'eux sans tarder plusieurs jeunes Américains, dont la plupart étaient des étudiants des Universités américaines.
Au mois de juin 1916, alors que la guerre entre les Etats-Unis d'Amérique et le Mexique pouvait prendre une grave extension, l'Aéro-Club américain fit une enquête auprès des aviateurs américains se trouvant en France et leur demanda si, le cas échéant, ils reviendraient en Amérique. Les journaux américains constatèrent que leurs compatriotes aviateurs n'avaient pas la faculté de répondre et qu' « au surplus, ils s'étaient engagés dans l'armée française pour la durée de la guerre et devaient se soumettre à la discipline de cette armée ».
Les journaux faisaient ensuite cette remarque
« La seule manière dont cette question pourrait être prise en considération serait d'entamer des négociations entre les gouvernements de la France et dés Etats-Unis. »
Le communiqué officiel français du 12 août 1916 cita pour la première fois l'escadrille américaine dont, on le verra plus loin, plusieurs membres avaient déjà eu les honneurs d'ordres du jour. Ce communiqué disait :
--- Le 8 août, un avion ennemi a été abattu en flammes dans les lignes au sud de Douaumont par un pilote de l'escadrille américaine.
Quelques jours plus tard paraissait dans le grand magazine américain Collier's Weekly, un article de M. Théodore Roosevelt à propos de la mort glorieuse de Victor Chapman. L'ancien président louait ces jeunes gens qui, dédaignant les plaisirs de la paix, enthousiastes pour la cause d'un pays qui n'est pas le leur, mais qui lutte pour la survie de principes communs aux deux Républiques, partirent comme volontaires, risquant avec ardeur leur vie et parfois la perdant. L'article de M. Roosevelt était intitulé « Les La Fayette de l'air ».
Certes, les La Fayette de l'air risquèrent leur vie avec générosité. On signale que pendant le mois de juillet 1916, ils prirent part à plus de soixante-dix combats ou opérations aériennes sans subir aucune perte.
Au mois de septembre 1916, le New-York Herald (de Paris), publia une annonce qui mettait en vente un lionceau. Le lionceau fut acheté par l'escadrille américaine pour servir de mascotte.
Pour connaître avec des détails exacts ce qu'a accompli jusqu'en 1917 l'escadrille américaine sur le front français., il faut se reporter au livre écrit par un des pilotes de cette escadrille, le sergent James R. Mc Connell (dont on trouvera quelques pages plus loin la glorieuse biographie). Ce livre Flying For France (17) relate les exploits et l'extension de l'escadrille. D'après lui, complétons les renseignements que nous venons de donner :
« A la fin de 1915, il avait en France six pilotes américains ; au milieu de 1916, on en comptait plus de quinze et dans les écoles d'aviation beaucoup s'entraînaient. William Thaw, Norman Prince, Elliott Cowdin étaient au front. James Bach, qui avait quitté la Légion étrangère pour entrer dans l'aviation, fut fait prisonnier en descendant dans les lignes allemandes. L'adjudant Didier Masson, Français naturalisé Américain, après avoir pris part à des meetings d'aviation aux Etats-Unis et s'être rendu au Mexique comme aviateur avec l'armée américaine, voulut venir servir en France. A peu près à la même époque, l'escadrille avait au nombre de ses membres le sergent Lufbery, Kiffin Rockwell, Victor Chapman, Paul Pavelka, puis vinrent Chouteau Johnson, de New-York, Lawrence Rumsey, de Buffalo, Dudley Hill, de Peekskill, Clyde Balsley, d'El Paso. Plusieurs d'entre eux avaient été précédemment dans les ambulances automobiles. (Ce fut le cas de James B. Mc Connell (l'auteur du livre), de Carthage (Caroline du Nord). Après avoir fait leur apprentissage dans les écoles d'aviation, les « nouveaux » rejoignirent leurs aînés à Luxeuil où l'escadrille américaine s'organisait sous les ordres du capitaine français Thénault. La première sortie en groupe eut lieu sans tarder. Quelques jours plus tard, Rockwell descendait un premier appareil ennemi au cours de son premier combat aérien, au-dessus de Thann. Peu après, l'escadrille fut transférée dans le secteur de Verdun.
« Avant même d'être bien installés à Bar-le-Duc, Hall descendit un ballon allemand et Thaw un Fokker. Le même jour, dans l'après-midi, Thaw fut blessé au bras et une balle explosive qui vint éclater contre le pare-brise de verre de l'appareil de Rockwell blessa cet aviateur à la figure. Thaw fut transporté à Paris, très faible, car il avait perdu beaucoup de sang. Rockwell insista pour voler presque immédiatement. Une semaine plus tard Chapman fut blessé. C'était un miracle qu'il ne l'eût pas été plus tôt, en raison de son intrépidité et de sa témérité. Sa blessure pansée, il s'envola de nouveau à la recherche de l'ennemi. Quelque jours plus tard, une sérieuse rencontre avec des pilotes ennemis eut lieu, au cours de laquelle Balsley fut blessé. Puis l'escadrille connut un deuil cruel. Chapman trouva la mort dans un combat héroïque.
« L'escadrille eut bientôt un nouveau membre en la personne de Robert Rockwell, de Cincinnati. Il était venu en France pour être médecin dans un hôpital américain, mais mécontent de rester à l'arrière, il s'engagea dans l'aviation. Puis survint la mort de Dennis Dowd au champ d'aviation de Bue. Le 23 septembre Kiffin Rockwell, « qui avait livré plus de combats que tous les autres ensemble », s'éleva pour faire un vol au-dessus de l'Alsace. Il rencontra un appareil ennemi. Un capitaine, commandant d'un village alsacien, fut témoin, avec sa jumelle, du combat aérien. Il a raconté que Rockwell s'approcha si près de l'ennemi qu'il pensa qu'une collision allait se produire. L'appareil allemand, qui portait deux mitrailleuses ouvrit un feu rapide quand Rockwell commença sa plongée et ce ne fut que lorsqu'il se trouva près de son adversaire que lui-même commença à tirer. Pendant un moment, il sembla que l'Allemand tombait, dit le capitaine, puis il vit la machine française culbuter, les ailes d'un côté se brisèrent et la machine tomba rapidement. Elle s'abîma dans un petit champ --- un champ de fleurs --- à quelques centaines de mètres en arrière des tranchées. C'était à Rodern, environ à trois kilomètres de l'endroit où Rockwell, au mois de mai, avait descendu sa première machine ennemie. Les Allemands immédiatement ouvrirent le feu de l'artillerie sur les débris de l'aéroplane. Malgré les shrapnells qui éclataient, les servants d'une batterie voisine se précipitèrent pour retrouver le corps du pauvre Rockwell. Il avait une blessure affreuse dans la poitrine qu'une balle explosive avait déchiquetée. Un chirurgien qui examina le corps déclara que si la balle avait été une balle ordinaire, Rockwell aurait eu sans doute la chance de pouvoir atterrir, blessé grièvement. La nomination de Rockwell au grade de sous-lieutenant arriva quelques jours après sa mort. L'enterrement de l'aviateur fut émotionnant.
« Cette mort provoqua dans l'escadrille un émoi qui se manifesta par une activité encore plus grande. On voulait venger celui qui était l'âme de cette vaillante petite colonie américaine. Les aviateurs fouillaient le ciel pour y rencontrer les pilotes ennemis. Prince en descendit un. Lufbery faillit avoir le dessous dans un combat plein de péripéties. Puis eut lieu le bombardement des usines Mauser, à Oberndorf. Les aviateurs américains avaient pour mission de protéger le départ et le retour des avions de bombardement. Ce fut en revenant au champ d'aviation que Prince eut l'accident qui causa sa mort quelques jours plus tard.
« Deux jours après cette fin glorieuse qui impressionna très péniblement l'escadrille, l'ordre vint de quitter l'Est pour aller dans la Somme. Elle se trouva renforcée de trois nouveaux membres : Willis Haviland, de Chicago, qui quittait les ambulances automobiles américaines ; Bob Soubiran, de New-York, transfuge de la Légion étrangère, blessé pendant l'offensive de Champagne, et Fred Prince, frère du regretté Norman. »
Tel est le très bref résumé que l'on peut faire des pages attrayantes et vivantes écrites par le pilote Me Connell. Le livre contient encore des lettres. Nous aurons l'occasion d'en citer en écrivant les biographies des La Fayette de l'air.
Norman Prince. --- Norman Prince avait vingt-sept ans. Ancien étudiant de l'Université d'Harvard, il fut avocat quelque temps à Chicago, mais sportsman enragé dès son jeune âge, il délaissa vite le barreau pour une profession moins sédentaire.
Primitivement, il avait été grand amateur de chevaux, prenant part à de nombreux steeple-chases, jouant au polo sur tous les bons terrains de l'Est. Ses prouesses étaient célèbres à Dedham, à Newport, à Narragansett et au Myopia Hunt Club. Ses chutes furent fréquentes, mais il n'était jamais blessé.
--- Je crois bien qu'un charme protège la vie de Norman, disait un de ses amis.
Puis le jeune Prince s'intéressa à l'aviation. Il économisa sur son traitement pour acquérir de intérêts dans la fabrique d'aéros W. Starling Burgess à Marblehead. Il fit des vols en Amérique sous le nom de George Mannor.
Il vint plusieurs fois avec ses parents en France, dans les environs de Pau, et, avec une grosse voiture automobile, il parcourut les routes d'Europe.
Alors qu'au début de la guerre, il s'entraînait au camp d'Avord, près de Bourges, avec un Voisin, muni d'un moteur de 130 chevaux, il écrivait à un de ses cousins de Boston
--- C'est tout à fait comme si on volait dans une locomotive. Les gros Voisins vous donnent un sentiment d'une puissance illimitée.
Le 8 juillet 1915, dans une lettre adressée à M. Starling Burgess, de Marblehead, Norman Prince écrivait (18) :
--- Je voulais vous écrire, il y a plusieurs mois, mais j'attendais d'être envoyé sur le front pour le faire. Quinze jours après mon arrivée à Paris (le 20 février), je suis parti pour l'Angleterre afin de me rendre compte de la situation. Je fis partie du Royal Flying Corps, comme second lieutenant, après un examen, mais j 'avais posé cette condition que ma liberté me serait rendue si la demande que j'avais déjà faite à l'aviation militaire à Paris était acceptée.
« Je fus envoyé à Brocklands où je n'ai volé que quatre fois en tout, dans un laps de temps de deux semaines; c'était sur un Maurice Farman de 1913. Après avoir reçu une réponse favorable de Paris, j'ai donné ma démission pour retourner en France. « Je contractai un engagement avec cinq ou six autres pilotes américains résidant à Paris, désireux de s'entraîner ensemble et qui plus tard formèrent l'escadrille américaine.
« Mon offre fut acceptée et nous partîmes six pour Pau. L'un de nous était Frazier Curtis. A Pau, nous nous servîmes du Blériot, puis du Caudron. De là,, nous fûmes envoyés au camp d'Avord pour apprendre à conduire le Voisin. Nous laissions à Pau deux pilotes qui devaient encore se familiariser avec le Blériot.
« Nous fîmes de l'entraînement, obtînmes nos brevets militaires : nous avions volé sur toutes les marques d'aéroplanes utilisés dans l'armée française. Nous demeurâmes dix jours au Bourget et le 26 mai, nous reçûmes l'ordre de nous rendre au nord-ouest d'Arras, à quinze kilomètres des lignes allemandes. Nous volâmes de Paris (Le Bourget n'est qu'à quelques kilomètres des barrières de Paris) sur de nouveaux Voisins. Depuis nous avons fait des bombardements de dépôts de munitions, de quartiers généraux boches ---quand nous découvrons où ils sont situés ----de voies ferrées aussi, de trains amenant des renforts au moment des attaques. C'est dans ce secteur que les avances françaises, dont les communiqués ont parlé, se sont produites. Cowdin a reçu la Croix de guerre et une citation à l'ordre de l'Armée, la plus haute citation qui peut être donnée, pour avoir abattu un aviatik.
« Pour moi, je n'ai pas encore fait assez pour mériter une citation, mais je suis sur le point d'en avoir une, car j'ai accompli pendant le mois de juin plus de bombardements qu'aucun autre pilote du troisième groupe de bombardement. J'ai été aussi le seul de mon escadrille, à atteindre Douai, l'autre jour ; tous les autres furent arrêtés par les nuages, les aviatiks et les obus.
« Nous traversons les lignes à plus de 2.000 mètres, généralement à 2.500 mètres on plus, si nous pouvons atteindre cette altitude avec notre chargement de bombes. Nous avons un chargement de 400 kilos et il nous faut en moyenne quarante minutes pour nous élever à 2.000 mètres. Le tir des canons antiaériens boches est de mieux en mieux réglé. Les obus qui explosent font des trous dans les ailes de nos appareils. Il est curieux de constater que les obus peuvent exploser près de nous et ne pas détériorer les appareils suffisamment pour les faire tomber dans les lignes allemandes.
« Voici, brièvement conté, quel fut mon vol le plus émotionnant :
« En revenant de bombarder Douai, à huit heures trente du soir, je fus canonné par les batteries anglaises, et il me fut impossible de venir atterrir à notre champ. J'ai continué vers l'ouest jusqu'à épuisement de mon essence, atterri à Aire à 9 h. 30 par une nuit obscure, dans un pays inconnu, avec aucune aide en perspective. Vol plané d'une altitude de 2.500 mètres, pas de lumières, excepté une petite lampe électrique de poche qui s'éteignit après quarante minutes. J'étais encore à 800 mètres de hauteur. J'atterris près de quelques arbres et d'un canal, brisant uniquement un petit câble de fer. Pas si mal pour un aviateur de Marblehead! »
Norman Prince continue sa lettre par un examen des améliorations apportées à l'aviation. Il écrit :
« Avant la fin de cette guerre, nous aurons un aéroplane avec une puissance de 800 ou 1.000 chevaux, pouvant voler de Soissons jusqu'en Russie en mettant le feu aux quatre coins de Berlin... Nos plans sont de former une escadrille américaine dès que huit Américains seront en mesure de le faire. Six d'entre eux ont déjà leurs brevets militaires et quatre sont au front. Deux ont été décorés (Cowlin et Thaw), ce n'est pas mal, n'est-ce pas ?
« Il est maintenant onze heures, je dois aller me coucher, car on annonce un bombardement, départ à 2 h. 30 du matin. Nous devons aller bombarder des voies ferrées, à vingt kilomètres de l'autre côté, en « Bocherie », comme nous disons. »
Au mois d'août 1915, le sergent Norman Prince était cité à l'ordre du jour :
« A toujours fait preuve de beaucoup d'audace et de sang-froid. Toujours impatient de partir, il a pris part à de nombreuses expéditions de bombardement particulièrement heureuses dans une région difficile, en raison du feu violent de l'artillerie ennemie. »
Le 20 octobre 1915, les journaux américains annoncèrent « Les Allemands ont pris le jeune Prince. » --- « Norman Prince est prisonnier des Allemands » --- mais les longs articles qui suivaient ces titres ne donnaient aucun détail, ils ne rapportaient que les principaux épisodes de la vie de l'aviateur. Pendant plusieurs jours, les journaux américains signalèrent la complète absence de nouvelles. M. Frederick H. Prince, le riche banquier de Boston, avait reçu un câble lui annonçant le fait, mais aucune confirmation n'avait suivi. Peu après, on apprit que c'était là, fort heureusement, un « canard » et en décembre, avec trois autres de ses camarades compatriotes, Norman Prince vint passer les fêtes de Noël en Amérique.
A propos du séjour de Norman Prince en Amérique, il faut citer une curieuse et bien troublante anecdote. Norman Prince devait s'embarquer à bord du Rochambeau deux jours plus tard. La mère de l'aviateur, poussée par une intuition pessimiste, persuadée qu'elle ne reverrait plus jamais son fils, commanda au peintre américain bien connu, Frank W. Benson, un portrait du partant. Le portrait fut fait en un jour, très ressemblant, et l'intuition de Mrs. Prince s'est réalisée.
Et, détail qui montre combien Norman Prince était fier de l'uniforme français, lorsque le Rochambeau s'approchait des côtes françaises et entrait dans la zone dangereuse où l'on pouvait craindre une attaque de sous-marins, le jeune Américain quitta soudain le pont d'où les passagers scrutaient avec angoisse l'horizon pour revenir, très vite, revêtu de son uniforme militaire de soldat de France.
Norman Prince est mort pour la France, le 15 octobre 1916. Blessé très grièvement au cours d'un raid contre la fabrique de fusils Mauser à Oberndorf, il put néanmoins à force d'énergie ramener son Nieuport dans les lignes françaises, mais incapable de contrôler son appareil, il atterrit avec tant de violence qu'il eut les deux jambes brisées et le biplan fut très endommagé.
James Me Connell donne, dans son livre Flying for France les détails suivants sur la fin de Norman Prince :
« Il conserva sa présence d'esprit et donna des ordres pour le ramasser. Entendant le ronflement d'un moteur et comprenant qu'un appareil était dans les airs, Prince leur dit d'allumer des feux dans le champ.
« Vous ne voulez pas, dit-il, qu'un autre fasse comme moi. »
« Lufbery alla avec Prince à l'hôpital de Gérardmer. Comme l'ambulance filait, Prince chanta. Il parla de se rétablir promptement pour revenir faire du service. Personne ne pensait que Prince fut mortellement atteint, mais le lendemain il entra dans le coma. Un caillot s'était formé dans le cerveau... Prince avait déjà la Médaille militaire et la Croix de guerre, il fut nommé sous-lieutenant et décoré de la Légion d'honneur. Il mourut le 15 octobre. Son corps fut ramené à Luxeuil. »
L'OEuvre du 30 octobre 1916 a publié sous le titre « Un neutre », un joli article (signé de l'initiale D) à la mémoire de Norman Prince.
« Il vivait en France d'une vie heureuse, joyeuse : il était si jeune. Et quelle bonne humeur ! Le jour où la guerre a été déclarée, il aurait pu rester dans les bars et passer ses soirées à jouer au poker ; il aurait même pu être pessimiste. Mais il était trop notre ami pour demeurer à l'abri. Il devait trop à la France pour ne pas lui offrir sa belle jeunesse, sa gaîté, son courage. Bien avant la formation de l'escadrille américaine, il avait fait des prouesses, puisqu'il avait un galon de sergent, la croix de guerre et la médaille militaire, et, quand on le priait de se raconter, il changeait la conversation, ne cherchant pas à étonner une galerie sympathique. Il aimait la France pour toutes les joies et pour tous les amis qu'il y avait connus. Il était trop Parisien pour n'être pas modestement Français. Il est tombé, dans notre pays, pour le défendre; son frère reprend sa place ; rien n'est plus simple, rien n'est plus noble!
«Versons les pleurs les plus fraternels sur la tombe de ceux qui sont tombés --- et, si j'écris aujourd'hui ces quelques lignes avec un vrai chagrin, c'est parce que je sais une chose Norman Prince collait sur un petit album tout ce qu'on a écrit sur l'escadrille qu'il avait voulu former ne faut-il pas que les derniers articles que son frère insérera dans les feuilles blanches du livre interrompu soient consacrées à sa jeune gloire ? Ne faut-il pas que les siens sachent notre gratitude émue et que le témoignage de la presse française adoucisse la peine qu'ils ont de la perte irréparable qu'ils ont faite ! »
Victor Chapman. --- Ancien étudiant de l'Université d'Harvard (19), étudiant de l'école des Beaux-Arts de Paris (section d'architecture), Victor Chapman s'engagea dans la Légion étrangère au début de la guerre. Philosophe, il déclarait alors «
--- Il y a relativement peu de danger d'être blessé. La piste suivie par une balle est petite et l'espace qui se trouve autour de vous, comparé à cette piste, est environ d'un million à un, si bien que les chances d'être atteint sont dans les mêmes proportions. »
Malgré ce rassurant calcul, il fut blessé au bras.
Il entra alors dans l'aviation et fit son école de pilotage à Pau. Il débuta sur le front de Verdun et en Alsace au commencement de 1916. Après avoir été plusieurs fois légèrement blessé et promu caporal, il fut tué au mois de juin à Verdun, dans des circonstances particulièrement héroïques :
« Trois membres de l'escadrille américaine, le capitaine X..., les sergents Prince et Lufbery, se battaient contre quatre avions allemands, lorsque le pilote américain Chapman s'est précipité au milieu des avions ennemis avec un courage magnifique et en a descendu trois dans les lignes allemandes. Mais lui-même a été percé de plusieurs balles et a été tué sur le coup. Ses camarades ont pu grâce à lui rentrer indemnes dans les lignes françaises de Verdun. »
Victor Chapman avait vingt-deux ans. En apprenant que son aéroplane était tombé, son père, un écrivain américain, fort réputé, s'écria « Tant mieux ! Mon fils a donné sa vie pour une noble cause » Le Boston Post du 1er juillet, en rendant compte d'un service funèbre célébré à New- York à la mémoire de Victor Chapman, donne des détails sur la fin du courageux aviateur américain :
« Son compatriote, le sergent aviateur Clyde Balsley, avait été blessé près de Verdun et à l'hôpital où il avait été transporté, personne ne pouvait satisfaire le désir qu'il avait d'une orange. Il n'y avait pas d'orange dans les environs. Chapman entendit parler de l'incident, il se procura des oranges et s'envola pour aller les porter à son malheureux camarade. C'est alors qu'il accomplissait son généreux voyage qu'il rencontra les avions allemands. »
Le Boston Post ajoute que c'est le capitaine Boelke, l'aviateur allemand le plus fameux (mort en 1916) qui abattit l'appareil de Chapman.
M. Alexandre Mavroudis a raconté dans l'Opinion du 1er juillet 1916 quelques curieuses anecdotes sur Victor Chapman.
« Un mitrailleur vient lui dire
--- Je suis malade. Le major m'a ordonné de ne vivre que de lait pendant deux semaines. Mais il n'y en pas ici. Il veut me faire évacuer et ça m'embête.
--- Bon, reste là. Je vais arranger cela.
A l'heure du repos, Chapman disparaît. Le soir, la section le voit revenir en compagnie d'une vache qu'il traînait derrière lui.
--- Je l'ai achetée pour que tu ne manques pas de lait, dit-il au mitrailleur malade. Comme ça tu pourras rester avec nous. »
Lorsque la mort de Victor Chapman fut officielle, le président de la République adressa au père de l'aviateur américain ce télégramme:
« Je tiens à vous témoigner toute ma sympathie et je salue en votre fils mort pour la plus juste cause, le digne émule des frères d'armes de La Fayette. --- Raymond Poincaré. »
D'autre part, M. Paul Leroy-Beaulieu, membre de l'Institut, président de 1' « Union des pères et des mères dont les fils sont morts pour la patrie », reçut la lettre suivante en réponse à une lettre de condoléances qu'il avait envoyée à M. John Jay Chapman au lendemain de la mort de son fils :
« Barrytown. N. Y. le 1er août (1916).
« Monsieur,
« J'ai reçu votre émouvante lettre me donnant connaissance de l'action de 1' « Union des pères et mères dont les fil sont morts pour la patrie ». Ce titre est suffisant pour faire venir les larmes aux yeux de tous les parents, et vos paroles, louant et honorant mon fils, vont à nos curs en les remplissant gratitude.
« Ce n'est qu'en prenant part aux douleurs de cette guerre que notre pays pourra participer aux bénédictions qui demeurent cachées dans cette tragédie. C'est comme une sorte de sacrement universel.
« Votre lettre me donne l'occasion, que j'attendais, d'appeler l'attention de. l'Amérique sur les jeunes Américains qui sont tombés inconnus et sans gloire, mais qui ont des parents.
« La générosité sans exemple de la nation française, dont j'ai eu maintes preuves avant et depuis la mort de mon fils, est une force qui pénètre et ennoblit ; en ce moment cette force pénètre et ennoblit l'Amérique.
« Mon fils, qui détestait les reportages de journaux, comme le font apparemment tous les vrais soldas, écrivait des lettres farouches dans lesquelles il se plaignait de ce que l'on donnât aux aviateurs américains beaucoup plus de crédit qu'ils n'en méritaient, entourés qu'ils étaient de Français, leurs égaux et leurs supérieurs, dont les faits n'attiraient que peu d'attention et passaient pour un travail journalier.
« Cependant, je ne pouvais m'affliger de ses plaintes, car j'étais affamé de voir l'Amérique prendre, pour le bien de son âme, une certaine part dans cette lutte effroyable entre la lumière et les ténèbres. C'est qu'il y avait là une influence que les intrigues des politiciens ne pouvaient engourdir, ni que la main de mort d'intérêts coalisés ne pouvait neutraliser. Le feu primordial était dans cet élan.
« Votre Société, comme toutes les choses qui sont fondées sur l'idée pure, est à l'unisson de forces plus profondes que n'importe quel prospectus n'en saurait exprimer.
« Voulez-vous lui transmettre ma profonde gratitude et celle de ma femme ? C'est, j'en suis convaincu, le symbole de la gratitude de bien des coeurs en Amérique.
« Jeu suis très sincèrement vôtre.
« JOHN JAY CHAPMAN. (20).
James Mc Connell a eu une bien jolie expression dans une de ses lettres pour dépeindre Chapman : « Il avait le cur aussi grand qu'une maison. » (21).
Kiffin Rockwell. --- Né à Newport le 20 septembre 1892, Kiffin Rockwell descendait d'une ancienne famille de soldats dont certains s'étaient distingués sous Washington et pendant la guerre de sécession. Il se plaisait à rappeler qu'un de ses ancêtres avait été le fameux baron de Rocheville, compagnon de Guillaume le Conquérant. Kiffin Rockwell avait reçu en Amérique une éducation militaire, il avait suivi les cours de l'Institut militaire de Virginie et de l'Université de Washington. Il s'installa ensuite à Atlanta (Georgie). Quand la guerre éclata, il vint en France, son pays d'idéal, et s'engagea dans la Légion étrangère. Il vécut de nombreux mois dans les tranchées et prit part aux combats d'Artois, en mai 1915. Après une charge de quatre kilomètres, il tomba, blessé à la cuisse près de Neuville-Saint-Vaast. A peine rétabli, il demanda à servir dans l'aviation ; il, obtint son brevet de pilote dans un laps de temps exceptionnellement court. Quand l'escadrille américaine s'organisa, il vint avec elle à Luxeuil. Le premier de tous les aviateurs américains il livra un combat aérien, le 18 mai 1916, dans la région du Vieil-Armand. Il fut victorieux. Il reçut peu après la médaille militaire. Puis, lorsque l'escadrille vint à Verdun, il prit part à toutes les expéditions. Le jour où William Thaw et Bert Hall furent blessés, Rockwell le fut aussi. Il venait de descendre un avion ennemi et combattait contre un nouvel adversaire, lorsque trois aviatiks le bombardèrent de flanc. Un obus réduisit en miettes son pare-brise et des éclats d'obus et des débris de verre le blessèrent à la figure, au cou et aux jambes.
L'escadrille revint à Luxeuil. Un samedi matin, Kiffin Rockwell, ayant disposé deux mitrailleuses sur on aéroplane, s'en fut seul à la recherche des aviateurs allemands. J'ai raconte précédemment le combat qu'Il livra avec fougue contre un aviatik d'un nouveau modèle portant un pilote et deux mitrailleurs. Kiffin Rockwell fut atteint à la poitrine par une balle explosive. Sa mort avait été instantanée. Une balle ordinaire ne l'aurait sans doute que blessé.
Lufbery, qui était parti en même temps mais dans une direction différente et qui avait épuisé ses munitions dans un combat acharné contre trois Allemands, avait été obligé d'atterrir. Les ailes de son appareil étaient pleines de trous, mais en apprenant le sort de son camarade, il emporta une nouvelle provision de cartouches et repartit à la recherche du fatal aviatik.
Kiffin Rockwell fut enterré dans un cimetière près du front avec les honneurs militaires. Le capitaine Thénault, commandant l'escadrille américaine, prononça, le jour de sa mort (23 septembre 1916), cette courte et éloquente oraison funèbre : « Le meilleur et le plus brave d'entre nous tous n'est plus. »
Dennis Dowd. --- Au début du mois d'août, Dennis Dowd, âgé de vingt-neuf ans, un des plus brillants aviateurs de l'escadrille américaine au service de la France, se tua à Châteaufort, après un vol au-dessus de l'aérodrome de Bue. La cause de l'accident est demeuré inexplicable, car l'appareil paraissait en parfait état et Dowd était un pilote très expérimenté. L'avion, tomba d'une grande hauteur et vint s'abîmer dans un bosquet d'arbres.
Un service funèbre fut célébré à l'église américaine de la rue de Berri, le 15 août 1916.
Dowd avait fait ses études à l'Université de Georgetown, puis à l'école de droit de Columbia, à New-York. Il entra dans la Légion étrangère le 24 août 1914. Il ne tarda pas à s"y faire remarquer pour son initiative et son courage. Blessé en septembre 1915, pendant la bataille de la Marne, il demanda à faire partie de l'escadrille américaine. Il était fiancé à Mlle Paulette Parent de Saint-Glin.
James R. Mc Connell. --- James R. McConnell, fils du président des chemins de fer du Sud, quitta Carthage au début de la guerre pour venir s'engager en France dans les ambulances américaines. Il appartenait à la section qui se distingua à Pont-à-Mousson, près du Bois Le Prêtre. Il reçut alors la croix de guerre pour sa constante bravoure. On, trouvera dans le livre que j'ai déjà mentionné, Friends of France (Le service en campagne des ambulances américaines raconté par ses membres), des lettres très pittoresques de James R. Me Connell. Mais le jeune Américain pensa vite qu'il devait faire davantage et il s'engagea dans l'aviation. « Plus je me rendais compte, écrivit-il, de la beauté de la lutte soutenue par les Français, plus je me faisais l'effet d'un embusqué, ce que les Anglais appellent un shirker. »
Le 6 février 1916, exactement un an après son arrivée en France, il obtint son brevet de pilote. Au mois d'avril suivant, il rejoignait l'escadrille américaine. Ses camarades ont dit qu'il ne connaissait pas la peur. S'il ne descendit pas autant d'appareils ennemis que certains de ses camarades, il fut néanmoins celui qui fut mêlé au plus grand nombre de combats aériens. Le dernier eut lieu au moment de la retraite allemande (19 mars 1917) ; avec son camarade Edmund Genêt, de New-York, il survolait les lignes allemandes quand une rencontre se produisit avec trois appareils allemands. Genêt fut blessé à la joue ; le sang lui obscurcissant la vue, il revint atterrir, et le sergent Me Connell se trouva seul pour lutter contre les trois ennemis. Son appareil s'abattit dans un petit bois près de Ham. « Son corps, m'écrit M. Paul Rockwell, ne fut retrouvé que le 22 mars, après que les Allemands se furent retirés de la région. Les Allemands dépouillèrent Mc Connell de tout ce qu'il avait sur lui, puis jetèrent le corps à côté de la machine. »
Un service funèbre a été célébré à l'église américaine de l'avenue de l'Alma à la mémoire de James R. Mc Connell et; coïncidence douloureuse, de Henry M. Suckley, des ambulances américaines, mort à Monastir, vingt-quatre heures après le pilote dont il était l'ami intime.
Ronald Hoskier. --- Diplômé d'Harvard, il avait vingt et un ans. Il se fit remarquer pour la bravoure avec laquelle il accomplissait toutes les tâches qui lui étaient assignées. Au mois de mars 1917, on crut à sa mort. Avec Edmund Genet (22), il était allé à la poursuite d'un zeppelin. Ils volèrent dans la direction de Montdidier au lieu d'aller à Compiègne où le zeppelin fut abattu. Les deux aviateurs manquant d'essence durent atterrir loin de leur base et on pensait 'déjà qu'ils avaient disparu, lorsque leur retour au camp de l'escadrille dissipa toute appréhension.
Le sergent Hoskier fut tué le mois suivant en combattant avec un autre aviateur contre six appareils ennemis au dessus des lignes anglaises. Ronald Hoskier fut abattu alors que s'écrasait un appareil allemand, sans doute descendu par l'Américain. Le père de Ronald Hoskier, se trouvait alors en France, comme chef d'une section de la Croix-Rouge.
Edmund Charles Clinton Genet. --- Dès sa plus tendre enfance, il voulait être marin. A neuf ans, à l'insu de ses parents, il écrivit à Washington pour connaître la manière de devenir marin. A quinze ans, il passa sans succès les examens, il s'engagea. Il avait à peine seize ans lorsqu'il prit part, à bord du cuirassé Georgia à l'expédition qui captura Vera-Cruz. En 1915, il donna sa démission, se munit des papiers nécessaires puis prévint sa mère (23) qu'il voulait venir en France pour s'engager dans la Légion étrangère. Après neuf mois, il passa dans l'aviation. Il fut tué le 16 avril et fut enterré à Ham.
William Thaw. --- William Thaw, cousin de Harry Thaw qui fit tant parler de lui en Amérique, membre de la richissime famille des Thaw, de Pittsburg et de New-York, se trouvait en Europe quand la guerre éclata. Il demanda à faire partie de l'aviation attachée à la Légion étrangère.
Pilote de l'appareil dont son ami et compatriote Weston Hall était l'observateur, il accomplit des exploits remarquables.
Il avait déjà volé en Amérique. En 1913, il était allé de Newhaven à New-York (160 kilomètres) en une heure vingt minutes et avait terminé ce voyage à toute vitesse par un survol des quatre ponts de l'East River, belle difficulté, car les courants aériens sont à cet endroit très dangereux. Il utilisait dans ses vols avant la guerre un stabilisateur de son invention.
Lorsque William Thaw prit la décision de servir dans l'aviation française, sa mère et tous ses parents voulurent s'opposer à la réalisation de ce désir et tentèrent par tous les moyens possibles de le faire revenir en Amérique, mais il eut cette belle réponse L
--- Je servirai la France, it is my duty! (c'est mon devoir !).
Il fit des vols audacieux au-dessus des tranchées allemandes. Plusieurs fois, la nouvelle de sa mort fut annoncée. Il fut décoré de la médaille militaire et promu sous-lieutenant après s'être présenté comme volontaire pour surveiller une opération allemande. Le raid était difficile. Thaw vola le long du front allemand au milieu d'une pluie d'obus. Plusieurs fois son appareil tangua de façon inquiétante. Mais il revint dans les lignes françaises avec les informations qu'il fallait avoir. Les ailes de son aéroplane étaient percées de part en part et tout l'équipement était endommagé par des éclats de shrapnels.
Dès le mois de mai 1915, William Thaw obtint cette citation à l'ordre de l'armée :
« A toujours fait preuve des plus belles qualités de bravoure et de sang-froid. A deux reprises, au cours de voyages d'observations, a eu son avion violemment canonné et atteint par des éclats d'obus causant de gros dommages. A néanmoins continué à observer les positions ennemies et n'est rentré qu'après l'accomplissement intégral de sa mission ».
Au mois de juillet, au cours d'un vol, la partie arrière de son appareil fut mise à mal par un obus allemand. Grâce à son sang-froid, Thaw put venir atterrir dans les lignes françaises. Un général qui avait assisté au courageux vol de retour fit mander l'aviateur et le complimenta. Thaw fut encore cité à l'ordre du jour.
En décembre 1915, William Thaw fit une courte apparition en Amérique Le directeur d'un journal allemand publié à New-York, le nommé Viereck, demanda à ce moment que Thaw fût interné en 'Amérique jusqu'à la déclaration de paix.
Promu lieutenant, Thaw a été décoré de la Légion d'honneur, avec le motif suivant:
« Pilote remarquable par son adresse, son entrain et son mépris du danger. A livré récemment dix-huit combats aériens, à courte distance. Le 24 mai, au matin, a attaqué et abattu un avion ennemi. Le soir même, a de nouveau attaqué un groupe de trois appareils allemands et les a poursuivis de 4.000 à 1.000 mètres d'altitude. Grièvement blessé au cours du combat a réussi, grâce à son énergie et son audace, à ramener dans nos lignes son avion gravement atteint et à atterrir normalement. Déjà deux fois cité à l'ordre »
E. C. Cowdin. --- Elliot Christopher Cowdin très répandu dans la société new-yorkaise, ancien étudiant de l'Université d'Harvard, joueur réputé de polo et sportsman universel s'est distingué en France dans l'aviation où il s'engagea au début de la guerre.
Il fut cité, en juin 1915 à l'ordre de l'armée :
« Excellent pilote qui plusieurs fois a attaqué des avions ennemis. Le 26 juin 1915, rencontrant simultanément deux avions allemands les attaqua et les força successivement à descendre. A eu son avion et son moteur gravement endommagés par le tir des avions allemands et a reçu plusieurs éclats dans son casque. »
Au mois de juillet 1915, il fut nommé se. Manuvrant sa mitrailleuse avec ses pieds, il descendit son adversaire. Bien que son biplan fût dangereusement criblé de balles, Cowdin put atterrir sain et sauf. Il fut décoré de la médaille militaire.
Lorsque Cowdin, William Thaw et Norman Prince retournèrent en Amérique pour y passer les fêtes de Noël (1915), les pro-allemands assurèrent au secrétaire d'Etat, M. Lansing, qu'il violerait la neutralité américaine s'il ne retenait pas les trois aviateurs et s'il n'obtenait pas d'eux leur parole de ne pas quitter le territoire américain. Le département d'Etat décida que Cowdin et ses compagnons n'étaient pas passibles de la détention.
Cowdin est superstitieux comme presque tous les aviateurs et son compatriote Frazier Curtis (24) a raconté (Boston Post, 20 février 1916) :
« Elliot Christopher Cowdin est fermement convaincu qu'il survivra à la guerre à cause de son second prénom : saint Christophe est le saint patron des aviateurs. »
H. Clyde Balsley. Le sergent Balsley, originaire du Texas, fut blessé en 1915, d'une balle de mitrailleuse au ventre, au cours des engagements aériens qui eurent lieu avec une escadrille allemande, dans la région de Bar-le-Duc. Le sergent Balsley, décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre, avait pris du service, dès le début de la guerre, comme automobiliste volontaire à l'ambulance américaine de Neuilly. Passé dans l'aviation, il s'entraîna au camp de Pau.
H. Clyde Balsley fut d'abord soigné à l'ambulance américaine de Neuilly, puis transporté à l'hôpital américain de Nice. Son état a été parfois inquiétant et le brave aviateur a eu plusieurs graves rechutes.
Raoul Lufbery, Bert Hall et Pavelka. -
Tard venus dans l'escadrille américaine, ils ont accompli un bel exploit; dans la même journée, au début de novembre 1916, ils ont chacun abattu un avion allemand, sur le front de Picardie.
Lufbery abattait ainsi son sixième appareil ennemi, le record de toute l'escadrille ; Bert Hall remportait sa quatrième victoire et Paul Pavelka faisait son début.
M. Lincoln Eyre, correspondant du World de New-York, à écrit à propos de cette triple victoire :
« Les trois Allemands descendus ce jour-là le furent au cours de vols volontaires, car en plus des randonnées commandées au-dessus du champ de bataille, les aviateurs américains font constamment des vols à leur gré.
« Pavelka, qui n'était avec l'escadrille que depuis quelques semaines --- il était auparavant dans la Légion étrangère --- revint le premier. Il n'était pas très sûr de ce qui était arrivé --- un premier duel aérien heureux est toujours un peu troublant --- mais il savait qu'il avait foncé sur un Allemand d'une hauteur de huit mille pieds et que, sous le feu de sa mitrailleuse, l'Allemand s'était soudain évanoui.
« Bert Hall fit une narration précise. Il donna l'endroit, l'altitude où l'Allemand fut retourné et sa version se trouva contrôlée par l'affirmation d'un observateur d'artillerie.
« Lufbery avait combattu en même temps que Guynemer et il ne pouvait affirmer avoir envoyé la balle décisive. Les trous dans son appareil prouvèrent qu'il s'était approche de l'Allemand et, un peu plus tard, des tranchées vint un rapport qui établissait sa victoire d'une façon certaine. »
Lufbery est considéré comme l'as de l'escadrille américaine. M. Francis Dortet a écrit dans l'Opinion (24 mars, 1917)
« Pour toutes les missions difficiles Lufbery est là ! Que le chef de l'escadrille l'envoie dans le secteur le plus menaçant et il part, toujours de bonne humeur, toujours prêt à l'attaque. C'est un' patrouilleur d'une conscience exemplaire. Il n'hésitera en aucune circonstance à engager le combat.
« Parti de chez lui à douze ans, il a parcouru l'Orient et l'Inde --- comme un héros de Kipling --- puis l'Indo-Chine. C'est à Saïgon qu'il rencontra Marc Pourpe avant la guerre et qu'il devint son mécanicien. L'aviation le passionna tout de suite. Dès lors il ne quitta plus le fameux pilote qu'il accompagna en Egypte. Il prépara les beaux vols que fit Marc Pourpe du Caire à Khartoum. Quand les hostilités s'ouvrirent, il revint en France avec son ami et s'engagea comme volontaire afin de lui continuer ses services. Mais en décembre 1915, Marc Pourpe se tuait. Lufbery ne songea qu'à une chose, prendre des ailes et devenir aviateur. »
M. Jacques Mortane, dans La Guerre aérienne (22 février 1917), raconte ainsi les exploits de l'as américain :
« D'abord bombardier, il passait ensuite sur Nieuport. Le 31 juillet, il atteignait un groupe de quatre appareils ennemis. Il en abattait un à l'est d'Etain. Le 4 août, avec l'adjudant Savaret, il triomphait d'un Allemand qui tombait, près d'Aboncourt. Nouveau succès le 8 août : son adversaire s'écroulait en flammes près de Douaumont. Quatrième victoire en septembre et citation au communiqué à la suite d'une cinquième bataille au cours du bombardement des usines Mauser d'Oberndorf. Le 9 novembre, un appareil était sérieusement touché par le brillant champion dans la Somme. De même, le lendemain, un avion tombait désemparé près d'Ablaincourt. Le 4 décembre, un autre était sans doute abattu près de Chaumes. Le 27 décembre, à 9 heures du, matin, l'Américain descendait probablement un Fokker près de Chaulnes, et à 3 heures triomphait de son sixième officiel qui tombait au nord de Restain.
« Lufbery l'échappa belle dans la rencontre qui précéda la révélation de son nom au communiqué. Il avait affaire à un Boche de grande valeur et, après une lutte acharnée, rentrait avec une balle dans un chausson, une dans sa combinaison, trois dans le moteur, le réservoir crevé, le stabilisateur brisé, un montant du fuselage fendu. L'Américain avait juste la possibilité d'atterrir sur le premier terrain qu'il, apercevait après le passage des tranchées. Cinq jours plus tard, il prenait sa revanche. »
En juillet 1915, Raoul Lufbery reçut la médaille militaire. En mars 1917, il fut décoré de la Légion d'honneur, avec la citation suivante :
« S'est engagé sous le drapeau français pour la durée de la guerre. A fait preuve, comme pilote de chasse, d'une audace remarquable et a abattu, jusqu'au 27 décembre 1916, six avions ennemis. Déjà cité deux fois à l'ordre de l'armée et médaille militaire. »
En mai 1917, l'Aéro-Club de France lui décerna une médaille d'or. C'était la première lois que cette distinction allait à un Américain.
Quant à l'adjudant Bert Hall, voici ce qu'en dit M. Jacques Mortane (La Guerre aérienne, 22 janvier 1917) :
« Il commença sa carrière militaire dans la Légion étrangère. Il quitta l'infanterie pour l'aviation où il remplit, sur sa demande, des missions particulièrement dangereuses en arrière des lignes ennemies. Le. 22 mai 1916, il attaquait un avion allemand, le poursuivait de 4.200 à 1.000 mètres d'altitude et réussissait à l'abattre à quelques centaines de mètres de nos tranchées. Le 23 juillet, il, triomphait d'un autre, appareil près du fort de Vaux. Le lendemain, il rentrait d'un combat avec huit balles dans les parties essentielles de son biplan. Le 6 novembre, 11 touchait. sérieusement un avion vers Buire et le 9, abattait un appareil vers Sailly-Saillisel ».
William E. Dungan. ---Le 23 avril 1917, les journaux publiaient l'information suivante :
« Le sergent William E. Dungan, de l'escadrille américaine, est porté manquant. D'après le lieutenant William. Thaw, ses camarades croient qu'il est l'un des deux aviateurs qu'ils ont vu tomber pendant un combat au-dessus des lignes allemandes ».
Fort heureusement cette nouvelle .se trouva fausse. Le sergent Dungan après une rencontre avec un patrouilleur allemand fit un. grand détour et revint atterrir dans les lignes anglaises à plus de cent kilomètres de son aérodrome. Il revint ensuite par ses propres moyens à sa base.
Agé de vingt et un ans, William E. Dungan s'engagea le 21 septembre 1914, dans la Légion étrangère et passa le 13 octobre 1915 dans l'aviation.
John Huffer. --- Le pilote. John Huffer, de nationalité américaine, a été nommé sous-lieutenant à titre définitif au mois de mai 1917. Il était titulaire de la -Médaille militaire et de cinq citations dont quatre avec palmes.
. . . Au moment où l'Amérique entra dans le grand conflit, l'escadrille américaine comptait encore parmi ses membres, le sergent Lawrence Rumsey, un célèbre joueur de polo, le sergent Dudley Hill, fils d'un grand manufacturier américain, le sergent C. C. Johnson, Frederick H. Prince, frère de Norman Prince, Robert Rockwell, le caporal Robert Soubiran, l'adjudant Didier Masson, le sergent Paul. Pavelka, qui, comme légionnaire fut blessé d'un coup de baïonnette au cours d'une charge en Champagne.
Le nombre des appareils allemands descendus par les aviateurs de l'escadrille américaine qui fut connue sous l'appellation d'escadrille n° 124, était d'une trentaine au mois de mai 1917 (25).
Le 1er septembre 1917, il fut décidé que l'escadrille La Fayette devait être rattachée à l'armée américaine.
Elmer R. Getchell, champion de football de l'Ecole supérieure de Medford, n'attendit pas en 1915 d'avoir passé tous ses examens ; il disparut au mois de juin. Se parents apprirent peu de temps après, qu'il s'était engagé dans l'armée anglaise dès son arrivée en Angleterre, à bord d'un transport américain qui l'avait accepté comme palefrenier. Le jeune homme stationna quelque temps dans un camp d'entraînement en Angleterre, puis fut envoyé en France avec le quatrième bataillon du régiment irlandais.
Après trois mois passés au front, Elmer R. Getchell fut libéré, à la demande des autorités américaines, en raison de son jeune âge --- dix-neuf ans --- et de sa nationalité d'Américain. Les recherches pour le retrouver durèrent quelque temps. Lorsqu'enfin on découvrit sa trace, il se trouvait avec son régiment sur les collines des environs de La Bassée.
Dans le Boston Post (2 et 3 -janvier 1916), Elmer R. Getchell a raconté sa vie dans les tranchées :
« Je me trouvais dans les tranchées (26) depuis un mois environ quand eut lieu mon initiation au combat à la baïonnette. En vérité, j'avais déjà tué plusieurs Allemands à longue distance. C'était quelque chose sans doute, mais sans l'émotion attachée à un combat corps à corps.
« Ce fut un matin, vers cinq heures, qu'une sentinelle cria « Les Allemands arrivent. »
« En une seconde, les abris se vidèrent et les parapets se garnirent d'hommes. Immédiatement fut donné l'ordre de repousser l'attaque; nous commençâmes par tirer dix coups de feu rapidement contre l'ennemi. Pendant une seconde, je vis les rangs allemands onduler et se replier. Cela nous permit d'enjamber les parapets, baïonnette au canon.
« Nous avançâmes d'abord en rang parfait, puis pêle-mêle, hurlant comme des fous, tout le temps. Chaque homme ou à peu près criait à tue-tête pour amoindrir sa tension nerveuse. Des hommes autour de moi tombaient. L'ennemi ne se trouvait guère qu'à cent cinquante mètres de nous. A cent mètres, mes genoux commencèrent à fléchir; à cinquante, je pensai que ma dernière heure était arrivée et soudain, avant même d'avoir pu le soupçonner, j'étais face à face avec le froid acier.
« Je n'oublierai jamais la première silhouette d'Allemand qui se dressa en face de moi, menaçant ma poitrine d'une baïonnette. Je parai ; ce faisant, toutes les leçons d'escrime apprises jadis me revinrent à l'esprit.
« L'Allemand était à un demi-mètre de moi. Sautant en arrière, je levai mon fusil pour en asséner un coup dans l'estomac de mon adversaire, mais avant la réalisation de mon geste, il brandit son arme et m'en donna un coup terrible sur le côté de la figure.
« Je tombai à genoux, mais une seconde plus tard, j'étais debout, presque fou. C'était pour ma vie que je combattais.
« En me levant, je lui donnai un coup de tête dans l'estomac. J'eus comme un éblouissement, il ne fut que passager. Après, je fus comme assoiffé de sang. Je ne sais pas combien d'hommes j'ai tués dans ce seul combat, mais ce fut beaucoup.
« J'étais comme un démon. Je ne me souviens même plus de ce que je fis après cette première victime. Tout ce que je sais, c'est que je revins dans les tranchées, vivant et le corps encore entier.
Pendant les quatre-vingt-trois jours que je suis resté dans les tranchées, j'ai pris part à quatre charges à la baïonnette, chacune d'entre elles, constituant des combats acharnés corps à corps. Je dois avouer que j'aimais cela, car après la première, je me rendis compte que j'étais passablement plus alerte que la plupart des Allemands.
« Pour ma seconde charge à la baïonnette, j'avais l'avantage de connaître ce qui allait m'advenir. L'ordre de charger arriva vers cinq heures du matin. Nous nous y attendions, car, pendant la nuit, tout notre équipement nous avait été retiré; mais pour des raisons que nous autres soldats nous ignorions, l'ordre fut retardé jusqu'au lever du jour.
« J'étais demeuré debout toute la nuit, en faction dans une boue épaisse me montant jusqu'aux genoux et j'étais très fatigué mais l'excitation du combat qui approchait me tenait en bonne forme.
« Au moment précis où arriva l'ordre d'escalader les parapets, j'étais à mon poste près de l'abri du lieutenant Castle, dans la tranchée de feu. Notre régiment devait faire la première attaque. Nous avions gagné une réputation d'intrépidité et les officiers nous mettaient presque invariablement en première ligne.
« A la minute même où j'entendis le signal, je sautai par-dessus les parapets. Tous les autres Américains étaient avec moi. Nous avions appris que les premiers à s'élancer avaient plus de chance d'échapper à la mort que ceux qui les suivaient. La raison de ceci, c'est que les Allemands ne sont pas prévenus de l'attaque jusqu'au moment où les premiers hommes se montrent. Dès que les Allemands comprennent ce qui va se passer, ils inondent de feu les parapets. L'excitation était à son comble.
« Les hommes tombaient partout. Je n'avais pas le temps de penser quand viendrait mon tour. Tout mon esprit se tendait vers la volonté d'approcher de la ligne ennemie pour tuer quelques Allemands. Et cela advint en une seconde. Mes compagnons américains et moi, nous arrivâmes sur un groupe d'Allemands. Un grand et gros soldat, le double de mon âge, se précipita sur moi avec sa baïonnette, tout en poussant un cri rauque. Je fis une parade et une riposte. Il para et riposta.
« Autour de moi, les autres s'occupaient des autres Allemands. Moi je m'en pris à ce gros soldat. Nous ne combattîmes que pendant quelques secondes, mais ces secondes parurent une éternité. Soudain, je trompai sa riposte et l'atteignit en pleine poitrine. Il tomba et avant même d'avoir compris, j'avais un autre homme devant moi.
« Il avait les yeux injectés de sang et il arriva si inopinément sur moi que je n'eus pas le temps de me déplacer.
« Il était sur le point de me donner une terrible poussée, lorsque lui-même tomba, atteint d'une balle tirée par un de mes compagnons. Après le second homme, vint un troisième, puis le quatrième et ainsi de suite. La confusion suivit. Nous frappions partout où on voyait une tête d'Allemand.
« Soudain le combat cessa et nous reçûmes l'ordre de battre en retraite. Nous n'étions pas vaincus, mais. nous n'avancions pas, parce que nos forces de réserve ne pouvaient pas s'approcher suffisamment de nous pour nous être utiles.
« Après une de ces attaques., il était impossible de dire ceux de nos compagnons qui avaient été tués. Il fallait attendre le retour aux abris souterrains où l'appel était fait. C'était là le moment le plus triste de tous, car fréquemment vous entendiez le nom d'un ami appelé, puis un silence trop significatif. Ce silence signifiait qu'il était là-bas sur le champ de bataille mort ou mourant. »
Arthur H. Lorenzen, de Saint-Louis, a raconté ainsi son histoire dans le Saint Louis Daily Globe Democrat (12 septembre 1915) :
« La seule raison que je peux donner aux nombreuses personnes qui me demandent pourquoi je me suis mêlé à la guerre européenne, c'est que cela me tentait comme devant être une aventure d'un émotionnant intérêt. L'idée de la guerre a toujours eu de l'attraction pour moi et j'ai fait assez d'entraînement sportif pour désirer combattre. J'ai vécu l'aventure. J'ai vu la rage rouge de la bataille, j'ai été blessé deux fois, une fois à la fameuse colline 60, dans les trois terribles journées de la mi-avril, puis de nouveau à la fin de juin. J'ai eu mon aventure, une médaille et des blessures.
« Au milieu de juillet dernier, je me trouvais à Liverpool pour la deuxième fois en cinq mois. La première fois, j'allais à la guerre, la seconde fois, j'en revenais. Aucune autre période de cinq mois dans ma vie n'y a apporté un aussi grand changement. L'ambition de mon enfance et de mon adolescence était maintenant un désir réalisé. La gloire et la grandeur de la guerre auxquelles j'avais pensé dans mon impétuosité juvénile, je les avais trouvées, mais avec quel désappointement. Au printemps, je marchais à grands pas rapides, en juillet, je trébuchais avec des béquilles.
« Pour mon engagement, ce fut une sérieuse affaire. Je quittai ma situation au Missouri Pacific Railroad. Je me rendis en Angleterre. Je changeai mon nom (Lorenzen), qui sonne germaniquement, en Longstreth, de consonnance plus anglo-saxonne. Le consul anglais de Saint-Louis me fit parvenir à New-York. Au bureau du consulat, un homme d'environ trente-six ans, Mac Mahon, qui, après avoir servi deux ans da dans l'armée anglaise, avait déserté, était venu en Amérique et désirait retourner pour s'engager, et un jeune homme de vingt-huit ans, nommé Roller, natif de Saint-Louis, secrétaire dans une Compagnie de chemin de fer, se joignirent à moi. Au cours de notre route jusqu'à New-York, nous fûmes rejoints par plusieurs autres troupes de recrues (un groupe de Chicago était de quinze hommes environ), et au moment de nous embarquer à New-York, nous étions environ cent cinquante. Nous fîmes le voyage à bord de I'Arabic, détruit depuis. Ce fut au cours de ce voyage que l'Arabic fit la connaissance des sous-marins allemands. L'U-29 nous fit la chasse pendant six heures environ, mais nous pûmes le distancer. »
Il faut citer le passage qui vient ensuite dans le récit d'Arthur H. Lorenzen, dit Longstreth, car s'il montre que certains volontaires américains avaient moins de courage que d'excellentes intentions, il prouve que ceux qui supportèrent les épreuves du début avec patience étaient d'une trempe qui les rendait dignes des compagnons anglais et français qu'ils venaient rejoindre.
« Le sous-marin ne s'approcha pas à plus de trois kilometres, mais nous n'étions pas très à l'aise. Quelques-uns des volontaires, à cette première menace de mort, commencèrent à penser aux moyens d'échapper au service militaire. Les choses devenaient de plus en plus sérieuses et les esprits précédemment enthousiastes se refroidissaient d'une façon très visible. Les plaisanteries étaient moins fréquentes et les rires étaient réellement rares. Sur les cent cinquante que nous étions à bord, un tiers était composé de sujets anglais. Le reste était des citoyens des Etats-Unis. Américains d'abord, futurs combattants par surcroît. A l'arrivée se produisit une véritable comédie. Tous avaient été déclarés bons pour le service par les docteurs en Amérique, mais pendant le voyage, beaucoup étaient devenus sourds, muets ou aveugles. Ils se plaignaient de symptômes de malaises étranges. Un volontaire de Buffalo ne pouvait plus distinguer le violet du gris. Il était tout ensemble myope et presbyte et il lisait son nom de famille pour son prénom.
« ... J'ai commencé à travailler aux casernes Latham où se trouve un dépôt de remonte. »
Un peu plus tard, Lorenzen fut envoyé à Aldershot, puis sur le front. Ce fut en voulant sauver le lieutenant Hickey qu'il fut blessé et cet exploit lui valut d'être décoré. Sur l'affaire de la colline 60, Lorenzen donne des détails qui ne sont peut-être pas puisés aux meilleures sources et qui sont négligeables,
« Le 6 juin, poursuit-il, je fus retenu par mon travail (convoyeur de munitions) dans les tranchées d'Ypres. Ce fut là que je rencontrai Jack Munroe, l'adversaire de Jeffries, que des instincts belliqueux avaient conduit au combat. C'était un type épatant, toujours enjoué et généreux. Je crois qu'il était le plus aimé de tous dans la tranchée. Nous travaillâmes ensemble plus tard à la garde des munitions entre Boulogne et Ypres.
« Le 2 juin, Munroe et moi, nous étions au flanc droit du train de munitions quand le train devint la cible du feu allemand. Je fus blessé pour la deuxième fois. Le matin suivant, à l'hôpital, on me dit que Jack avait été tué deux heures après que j'avais été blessé (27). »
Lorenzen fut proposé pour la réforme et une pension de deux ans. A Liverpool, on lui annonça qu'il devait attendre quatre mois la régularisation de son sort.
« Quatre mois à Liverpool ne me disaient rien. Je mis mes affaires entre les mains du bon capitaine Wilson, l'officier de recrutement avec qui j'avais signé mon engagement, puis je fouillai les docks pour trouver un moyen de quitter l'Angleterre. Je pus obtenir à bord d'un bateau un emploi pour éplucher des pommes de terre et dans ce voyage aux Açores, à la Barbade, à l'île de la Trinité, j'ai pelé au moins un million de pommes de terre. A Colon, le consul américain me rapatria à New-York, exactement cinq mois, jour pour jour, après mon embarquement pour la guerre. »
II est juste d'ajouter que Lorenzen termine son récit par ces mots : « Si ce que j'ai fait était à refaire, je ne le referais pas ! »
Le lieutenant Dillwyn Parrish Starr, de Philadelphie, a eu une existence de guerre très mouvementée : né en 1884, il suivit les cours de Groton School, puis de l'Université d'Harvard où il avait la réputation d'un bel athlète. Pendant quatre ans, il fit partie de l'équipe de football de l'Université d'Harvard.
Au début de la guerre, il s'engagea dans l'American Volunteer Motor Ambulance Corps. Il conduisit pendant plusieurs mois une ambulance automobile attachée à la deuxième armée française. En décembre 1914, il s'engagea comme sous-officier dans les autos blindées anglaises, servit avec le groupe du duc de Westminster en France, et prit part à la bataille de Neuve-Chapelle. Il fut promu sous-lieutenant en mai 1915. Peu après, il fut envoyé à Gallipoli. Il se distingua dans les tranchées de Suvia Bay comme officier mitrailleur. Quand, en décembre 1915, la presqu'île de Gallipoli fut évacuée, il revint en Angleterre et fut nommé officier dans les Coldstream Guards. En juillet 1916, il vint en France. Il a été tué le 15 septembre.
William J. Cox, de Dorchester, vingt ans, s'engagea avec d'autres Américains dans l'artillerie de campagne anglaise. Il demeura neuf mois sur la ligne de feu près d'Arras et fut blessé deux fois. William J. Cox fut libéré à la demande des autorités de Washington et revint au mois de février 1916 en Amérique. Il raconte que la brigade à laquelle il appartenait comptait plus de sept cents jeunes gens de moins de vingt-cinq ans venant des Etats-Unis d'Amérique. Cox signale notamment la mort de Frank O'Connell (de Roxbury), Frank Bradley (de Dorchester), de James Harrington (de Boston).
Cox eut son cheval tué sous lui à Fulbush et tandis qu'il gisait inanimé dans la boue, un caisson lui passa sur le corps. Il fut envoyé dans un hôpital de Londres où des émissaires de sa famille le retrouvèrent. Il avait eu aussi à la main gauche une grave brûlure causée par un fragment d'obus.
Le lieutenant Hal Birkly, du Royal Berkshire Regiment, précédemment officier dans l'armée américaine, a été tué sur le front. Une lettre écrite peu de temps avant sa mort donne une description très vivante de la vie des soldats en France. Le lieutenant Hal Birkly disait aussi :
« Pour tout dire en peu de mots, j'ai aimé énormément les six jours passés dans les tranchées, surtout les trois derniers passés sur la ligne de feu. Si quelqu'un vous dit qu'il n'y a pas de sport dans la guerre, ne le croyez pas. Naturellement, il n'y en a pas si vous demeurez caché tout le temps dans votre abri, mais nous, nous sûmes bien en trouver. »
E. Richard Schayer, journaliste américain, s'engagea dans l'armée anglaise (service de l'Intendance) et demeura sept mois en France. Il a écrit de très longs articles pour une agence américaine ; ces articles ont été insérés dans un grand nombre de journaux :
« M. Schayer, lit-on dans une présentation d'un de ces articles, est le seul écrivain professionnel américain qui prit le parti radical de s'engager afin d'obtenir des documents littéraires ; c'est le seul correspondant qui vit de très près les incidents qu'il a rapportés. »
Certes, les articles de M. Schayer ont de l'intérêt, mais, écrivain professionnel, il fait montre de qualités trop... professionnelles. Il a surtout entendu et il rapporte avec un peu trop d'importance des anecdotes qu'on lui a contées.
Après avoir passé ses examens avec succès à l'Université d'Harvard, Lionel de Jersey se rendit à Londres pour se marier avec une amie d'enfance. A Londres, il fit le nécessaire pour obtenir une nomination d'officier dans les grenadiers de la Garde.
Francis Thwing, fils du président de la Western Reserve University, après avoir passé ses examens à Harvard, vint à Tours (en France), puis se rendit à Oxford. Il s'y trouvait au début de la guerre. Il annonça à son père que ses études allaient fort bien et qu'il était devenu le lieutenant Thwing, du cinquième Lanciers.
« Je suis fier de mon fils, a déclaré le docteur Charles Franklin Thwing. J'admire son courage. Il a l'énergie de mettre en pratique ses convictions. Après la guerre, il redeviendra citoyen américain. »
Plusieurs acteurs américains ont contracté des engagements dans l'armée anglaise. L'impresario américain Pollock, acteur réputé de Broadway, qui fit en Amérique jouer les pièces de Sir Arthur Pinero sur des scènes de music-hall, s'engagea dans l'Officers' Training Corps of the Artists' Rifles. M. Cormac O'Shane, de Covent Garden, sacrifia un engagement de mille francs par semaine en Amérique pour demeurer en Angleterre et prendre part à la grande tragédie.
Harold et Howard Hudson, de Bridgeport (Connecticut), frères jumeaux âgés de quinze ans et demi, se trouvaient en Angleterre, lorsque la guerre fut déclarée. En octobre 1914, ils allèrent en vacances chez une tante vivant à Bournemouth. Il y avait aux environs un camp d'entraînement militaire. Les deux très jeunes gens regardaient avec envie les recrues faire l'exercice. Harold, le premier s'engagea, il prétendit avoir dix-neuf ans. Il fut accepté. Quelques jours plus tard, Howard l'imita ; lui aussi prétendit avoir dix-neuf ans. Il fut admis dans le même régiment que son frère.
Une période d'entraînement commença les jumeaux avouent que « ce fut le meilleur temps jamais vécu ». Au moment de partir sur le front, ils voulurent rompre le silence gardé jusqu'alors à l'égard de leur père ; ils écrivirent à Bridgeport. Le résultat ne se fit pas attendre. M. Hudson multiplia les démarches pour obtenir la libération de ses deux très jeunes fils. I1 y réussit. Le désir n'a pas été réalisé des deux enfants qui voulaient « voir » la guerre.
Harold Phillips, d'Everett (faubourg de Boston), a quitté Liverpool le 15 juin 1916, après onze mois de service actif avec l'armée britannique en France. Il n'avait que seize ans lorsqu'il s'engagea au cours de l'été 1915, dans l'artillerie royale de campagne. Il prit part à de rudes combats aux environs d'Ypres. Phillips fut réclamé comme mineur par ses parents. Il avoua à un reporter américain à qui il montra avec fierté sa feuille de libération qu'il avait vécu « un temps épatant ».
John W. Barnett, diplômé de l'Université de Californie, s'engagea dans l'armée anglaise. Il fut nommé lieutenant. Quelques jours avant d'être tué, il écrivait cette curieuse constatation
« La vie moyenne d'un bon tireur sur le front est de trente jours. Je suis dans les tranchées depuis dix-sept jours. Vous saurez bientôt si je n'ai pas atteint ou si j'ai dépassé la moyenne. »
Le lieutenant Barnett ne dépassa pas la moyenne.
Fred G. Crombie, de Chelsea, étudiait avant de s'engager dans l'armée anglaise, au collège d'ostéopathie du Massachusetts. Il se fit remarquer pour son courage, alors qu'il était lieutenant dans le Seventh Warwick Regiment. Il fut décoré de la médaille militaire anglaise et il était proposé pour la croix de Victoria lorsqu'au cours d'une action, il fut grièvement blessé. L'amputation d'une jambe a été déclarée nécessaire.
John Arthur Herbert quitta l'Université d'Harvard en juin 1916 pour venir s'engager dans l'armée anglaise. Il a été tué dans sa tranchée au début du mois de mars 1917.
Au mois de janvier 1915, Morton Crockett et Sherill Crockett quittèrent New-York avec l'intention de venir s'engager dans l'armée française. Mais en arrivant en Angleterre, ils trouvèrent certaines difficultés qui les firent changer d'avis et ils s'engagèrent dans l'armée anglaise.
Fils d'un pasteur de New-York, Anglais naturalisé Américain, Norton Crockett fit naguère partie de la marine américaine où il servit quatre ans. Avec son frère Sherill et un ami Will Covington (de Montgomery), Norton fut affecté au huitième Gloucester Régiment. Après plusieurs semaines passées dans un camp d'entraînement en Angleterre, les trois jeunes Américains furent envoyés aux Dardanelles.
Norton Crockett, dans une lettre adressée à un de ses amis, raconte sa vie dans les tranchées de Gallipoli.
« Je me tiens courbé dans la tranchée, mon fusil non loin de moi, les obus sifflent constamment au-dessus de ma tête et le martèlement de mitrailleuses ne s'arrête jamais. Jusqu'ici tout va bien. Quelques obus ont explosé à quelques mètres à peine d'où je suis et le premier matin passé dans les tranchées, deux de nos hommes sont tombés. Notre bataillon comptait environ 1.200 hommes, il y a quelques semaines, et maintenant, il n'en possède plus que 400 et encore il a reçu un renfort de 100 hommes. Mais je suis bien content de « me frotter » aux Turcs ; je suis bien content de me trouver sur un champ de bataille et non sur un champ de manoeuvres. J'espère vous écrire de Constantinople avant longtemps ».
Il n'est pas sans intérêt de reproduire cette lettre publiée par le Boston Post (14 janvier 1917). Elle montre et l'état d'esprit des Américains, combattant avec les Alliés et l'action des « tanks » sur le front ouest. La lettre est signée par un Américain combattant avec l'armée anglaise, le caporal E. W. Macdonald (Reg. 817303 P. P. C. L. et R. C. R.).
« Comme je suis un lecteur assidu de votre journal que j'ai lu à peu près toute ma vie et que je suis heureux de pouvoir lire en Angleterre et au front, je pense qu'il m'est permis de vous donner des éclaircissements sur la question des tanks qui sont actuellement utilisés.
« Dans un de vos derniers numéros, M. Palmer avance que deux de nos tanks ont été pris par les Allemands. Je suis désireux d'informer le public américain que les Allemands ne demeurent jamais à un demi-kilomètre d'un tank sans lever les mains ou sans s'enfuir immédiatement. Quant à la paix, n'en parlez pas dans votre journal, car nous venons à peine de commencer la guerre et, en temps voulu, nous donnerons aux Huns une leçon qui ne leur fera jamais souhaiter de recommencer une nouvelle guerre. C'est eux qui l'ont suscitée et je pense que c'est nous qui allons la finir. Nous nous battons non pour annexer du territoire, non pour gagner ou de l'argent ou la gloire, mais pour le bien de l'humanité. J'ajoute que je suis Américain et que j'habite à Brockton, dans le Massachusetts. J'ai pris part aux affaires de la Somme avec cinq autres jeunes gens de Brockton, trois sont encore là-bas, les deux autres sont en traitement ici et nous avions coutume de lutter quand le Boston Post arrivait. C'était à qui le pourrait lire le premier. »
Lord Northcliffe a eu de grandes facilités pour visiter les différents fronts et il a écrit dans ses journaux des articles d'un saisissant intérêt.
Le Daily Mail (2 février 1917, édition continentale) a publié de Lord Northcliffe un article intitulé Les Soldats américains en France. Il s'agit des volontaires américains qui se sont engagés dans les armées canadiennes et anglaises.
« Enchassé au cur même de la grande armée canadienne en France, se trouve un contingent de citoyens américains en khaki. Les Allemands sont particulièrement furieux à leur propos et ils disent qu'ils ont été pris en location par les Alliés. Selon le point de vue allemand, la solde des Américains qui combattent le Prussianisme est sans doute princière. Elle se monte exactement à un dollar un-quart par jour. Je laisse au public des Etats-Unis à penser si c'est là la rénumération qui doit attirer les diplômés d'Université --- quelques-uns ont des fortunes particulières considérables, --- des hommes d'affaires, des propriétaires, des employés, des ingénieurs au delà de l'Atlantique...
« Les volontaires américains sont fiers, et à juste titre, de la façon dont sont morts ici certains de leurs compatriotes, soldats ou officiers. Au milieu de cette vaste armée --l'armée britannique en France compte maintenant, comme on le sait, plus de deux millions d'hommes --- ils occupent une situation qui, si elle est irrégulière, est toute d'honneur.
« Parmi les morts héroïques, une des plus belles est celle de cet officier, depuis douze ans dans la cavalerie américaine qui prit part à la grande attaque canadienne sur la tranchée Regina.
« Bien que n'étant pas engagé dans une opération particulière, il ne put résister à la tentation de sauter sur le parapet, en criant « Come on, boys ! » Bien que grièvement blessé, il essaya de se jeter vers la ligne allemande, mais on parvint à le ramener en arrière. Un éclat d'obus le tua net à ce moment. C'était un des nombreux Américains que leur esprit audacieux avait poussé à se joindre à leurs camarades canadiens et anglais.
« Pendant que quantité de dépêches de Washington parvenant aux journaux français et anglais, sont pleines du mot « paix », les volontaires américains ne veulent pas en entendre parler. « On ne peut parler de paix », disait un garçon de Kansas City, « pendant que des femmes et des enfants belges et français sont en esclavage ».
« Si vous prenez une carte des Etats-Unis et si vous parcourez les lignes américaines en France, vous ne trouverez pas une seule ville, grande ou petite, qui n'ait envoyé un aviateur, un bombardier, un artilleur, un sapeur, un porteur de dépêches désireux d'aider à la destruction du despotisme prussien.,. J'ai demandé à plusieurs pour quelle raison ils étaient venus. La réponse de l'Américain en France est toujours la même, que vous le rencontriez avec l'armée canadienne, l'armée anglaise ou l'armée française. Ils disent tous. « Ce qui se passe sur le sol français, par suite de la sauvagerie organisée des Prussiens doit être arrêté. Nous voulons l'arrêter avant que notre pays en soit atteint. Nous sommes venus pour cela, et, Dieu merci ! nous savons que nous aidons à le faire et que ce sera fait complètement. »